J’ai travaillé en France et au Luxembourg, quelle sera ma retraite ?

La retraite ? Un projet d’avenir ! De plus en plus de Français envisagent d’effectuer tout ou partie de leur carrière à l’étranger. Ils se posent des questions sur leur retraite dans un contexte de mobilité internationale. Quelle retraite pour celles et ceux qui ont travaillé en France et au Luxembourg en cours de carrière ?

Quelques notions clés du système français

En France, la majorité des salariés (hors régimes spéciaux) bénéficient de deux régimes de retraite. À savoir, un régime de base (CNAV, régimes de la fonction publique…) et un régime complémentaire (Agirc-Arrco, Ircantec, RAFP…).

Âge légal de départ et du durée de carrière

Depuis la dernière réforme des retraites de 2023, l’âge légal d’ouverture des droits recule progressivement. Il atteindra 64 ans en 2033 (générations nées à partir de 1969) si le cours de la réforme reprend..

Le nombre de trimestres requis pour le taux plein évolue également. Il sera de 172 trimestres (43 ans) dès 2029 (génération 1966).

La réforme prévoyait initialement que ces deux éléments entreraient en application 1 an plus tôt. Mais la suspension de la réforme en 2025, par l’adoption du PLFSS (Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale) a décalé les générations. La première génération concernée par le gel provisoire est la génération née en 1964. L’âge de départ légal passe ainsi à 62 ans et 9 mois pour les assurés nés entre le 1er janvier 1964 et le 31 mars 1965. Le nombre de trimestres requis est de 170 pour le taux plein. Puis 63 ans pour les personnes nées entre le 1er avril et le 31 décembre 1965 et 171 trimestres requis. L’âge légal reprend ensuite son recul de 3 mois par génération.

Le taux plein automatique est maintenu à 67 ans.

Calcul et options d’optimisation

Certains assurés pourront, comme auparavant, partir dès 60 ans, voire 58 ans dans le cadre du dispositif de départ anticipé pour carrière longue.

Le calcul de la retraite de base dépend du salaire annuel moyen durant les 25 meilleures années cotisées en France et de la durée de carrière. Si la durée de carrière en France est inférieure à 25 ans, toutes les années acquises en France entreront dans le calcul.

Il est possible de demander ses retraites dès l’âge d’ouverture des droits. Si la durée de carrière requise n’est pas atteinte, la retraite est minorée.

Les expatriés ont la possibilité de cotiser volontairement aux régimes de retraite français. Mais des conditions particulières doivent être remplies (par exemple, chargé de famille, ancien assuré…).

Dans le cas de la retraite complémentaire, il s’agit de multiplier le cumul de points acquis par la valeur du point dans le régime concerné.

Quelques notions clés du système luxembourgeois

Au Luxembourg, la CNAP (Caisse Nationale d’Assurance Pension) est la caisse de retraite du secteur privé, des salariés et des non-salariés.

L’âge légal de départ en retraite est fixé à 65 ans.

Pour pouvoir bénéficier de la pension de vieillesse il faut cependant remplir une condition de durée d’assurance de 10 ans. Soit 120 mois de périodes d’assurance obligatoire, d’assurance continuée, d’assurance facultative ou de rachats rétroactifs.

L’assurance continuée et l’assurance facultative sont des périodes de cotisations volontaires qui permettent de maintenir une période d’assurance en cas de rupture de continuité de carrière. Vous devez également justifier d’un an minimum d’assurance au Luxembourg.

Une pension de vieillesse anticipée est accordée à 57 ans si l’assuré justifie de 480 mois d’assurance obligatoire. Elle est accordée à 60 ans si l’assuré justifie de 480 mois d’assurance obligatoire ou volontaire.

La pension luxembourgeoise se compose d’un montant fixe et d’un montant proportionnel. La pension complète du montant fixe correspond à 40 années (maximum) de cotisation. 1/40e de pension est ainsi acquis pour chaque année de cotisation. Le montant proportionnel est un pourcentage de l’ensemble des salaires perçus durant la carrière professionnelle.

Une pension minimale est garantie aux assurés qui justifient de 40 années de cotisation. En tout état de cause, aucune pension ne peut être inférieure à 90 % du montant de référence soit 2.436,04 € par mois au 1er juin 2026.

Si vous n’avez pas accompli 40 années d’assurance, mais que vous justifiez de 20 années au moins d’assurance, votre pension sera réduite d’1/40e pour chaque année manquante.

Des périodes sans cotisation peuvent être prises en compte pour le droit au départ anticipé à 60 ans et le droit à la pension minimale. Il s’agit des années d’études ou de formation professionnelle accomplies entre 18 ans et 27 ans, des mois de carence avant le droit à l’indemnisation chômage ou de périodes d’éducation d’enfants de moins de 6 ans.

Il est possible de cumuler une pension et des revenus d’activité, de façon totalement libre dès 65 ans. Des conditions particulières s’appliquent néanmoins en cas d’obtention d’une retraite anticipée.

Les accords européens de sécurité sociale

La France comme le Luxembourg ont part aux accords européens. Cet accord de sécurité sociale permet de totaliser les périodes cotisées dans chaque pays à conditions qu’elles ne se chevauchent pas. Les années cotisées dans les autres pays de l’Union Européenne s’additionnent également.

Ainsi, les trimestres français et luxembourgeois seront cumulés pour calculer les 172 trimestres requis pour le taux plein français.

Dès lors que vous avez atteint 65 ans et 120 mois d’assurance sur l’ensemble de votre carrière communautaire (Luxembourg + France + autre État de l’UE ou de l’EEE ou la Suisse), vos droits à une pension de retraite luxembourgeoise sont ouverts.

Il n’y a pas de transfert des droits à retraite d’un pays à l’autre. Un salarié ayant cotisé en France et au Luxembourg, percevra des pensions françaises et des pensions luxembourgeoises. Chaque pays versant les retraites au prorata des années cotisées dans le pays.

Si votre période d’assurance au Luxembourg ne dépasse pas un an, vous ne percevrez pas de pension du Luxembourg, mais cette période d’assurance inférieure à 1 an sera prise en compte pour le calcul du montant de votre pension française.

Attention également aux règles de non-cumul des conventions et de ses exceptions, notamment avec les États tiers !

Les opportunités d’optimisation

Évaluer l’intérêt d’un rachat de trimestres non sans avoir vérifié que vous en avez besoin

Parmi les dispositifs intéressants et bien connu, le rachat de trimestres. Cette option est accessible en France. Vous pouvez notamment racheter des périodes d’études validées par un diplôme. Ces trimestres détermineront le taux de liquidation lors du calcul des retraites françaises.

Un dispositif de restitution et de rachat rétroactif de périodes d’assurance existe au Luxembourg pour des cas particuliers.

N’attendez pas d’arrêter vos activités au Luxembourg pour liquider vos retraites françaises

En France, l’âge d’ouverture des droits à la retraite est actuellement de 62 ans et 9 mois. Né en novembre 1963, vous pouvez percevoir vos retraites françaises dès le 1er septembre 2026… si vous ne les percevez pas déjà dans le cadre du dispositif pour carrières longues.

Même si vous continuez à travailler dans votre pays d’accueil, vous avez le droit de demander votre retraite française dès le 1er jour du mois qui suit votre 62e anniversaire, plus 9 mois. Le fait de continuer à travailler et à cotiser localement ne vous empêche nullement de le faire. Certes le texte relatif au cumul des retraites françaises avec une activité professionnelle demande de liquider l’ensemble de ses retraites françaises et étrangères. Mais, à l’exception des assurés ayant cotisé dans les régimes de la Fonction Publique, ce texte concerne le cumul des retraites avec des revenus du travail en France. Il ne s’applique pas au cumul avec des revenus d’activité professionnelle à l’étranger.

Taux plein : ne sous-estimez pas la date et n’attendez pas si la minoration est faible

Vous avez peu cotisé en France et craignant de subir une minoration pour carrière incomplète, vous ne demandez pas vos retraites françaises. Or attendre peut vous faire perdre de l’argent !

Commencez à faire le compte de vos trimestres. Le Luxembourg participe aux accords européens. Les trimestres acquis grâce à vos cotisations auprès du régime de retraite luxembourgeois sont retenus pour le calcul du droit au taux plein. N’oubliez donc pas d’en tenir compte. Ces périodes ne figurent pas, par défaut, sur les relevés français.

Pensez également à ajouter d’éventuels trimestres de service militaire ou de maternité et d’éducation, soit 4 ou 8 trimestres par enfant selon votre régime d’affiliation.

Si au cours de votre carrière, vous avez travaillé dans plusieurs pays étrangers et que vous êtes donc sous le coup de la règle de non cumul des conventions ou que l’un de vos pays d’expatriation n’avait pas de convention, ou que vous avez suivi votre conjoint sans reprendre d’activité rémunérée, vous n’aurez pas droit à une retraite au taux plein dès 62 ans et 9 mois. Mais avez-vous mesuré l’impact de la minoration liée à cette carrière incomplète ? Il vaut parfois mieux toucher moins mais plus longtemps qu’attendre pour « viser » le taux plein.

Conclusion et perspectives

L’espérance de vie à 65 ans est de 21.6 ans pour les hommes et de 23 ans pour les femmes. Et pour beaucoup d’entre vous, vos pensions de retraite constitueront donc le premier socle de vos revenus pendant plus d’un quart de votre existence. Pensez à vos retraites dès maintenant et faites le point en téléchargeant vos relevés de situation depuis vos espaces personnels ou en sollicitant des sociétés spécialisées en droits de retraite des expatriés !  

Chaque parcours de vie est unique, prenez le temps de penser à votre retraite lorsque vous envisagez une carrière internationale. En effet, vous aurez aussi une retraite internationale !

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