J’ai travaillé en France et en Afrique, quelle sera ma pension de retraite ?
Vous avez travaillé en France puis dans un ou plusieurs pays en Afrique. Vous vous demandez comment vos droits à la retraite seront calculés dans ce pays d’Afrique ? Vos périodes à l’étranger compteront-elles pour ouvrir des droits à la retraite en France ? À quel âge pourrez-vous liquider vos pensions ? Les réponses dépendent du pays concerné, du régime d’affiliation et de l’existence d’une convention de sécurité sociale avec la France.
En pratique, la retraite d’un expatrié repose sur une logique de pensions multiples : une pension française, une pension locale, et parfois une épargne complémentaire. L’enjeu est donc de comprendre, pays par pays, comment les régimes se coordonnent et quelles démarches anticiper.
La retraite française en cas de carrière internationale
En France, le système de retraite repose sur un régime de base (Assurance Retraite pour les salariés) et un régime complémentaire (Agirc-Arrco pour les salariés). Pour les générations concernées par les réformes récentes, l’âge légal de départ se situe entre 62 ans et 6 mois et 64 ans, tandis que le taux plein automatique reste à 67 ans. Pour une carrière complète, il faut jusqu’à 172 trimestres de cotisation selon votre génération.
Le régime de base est calculé à partir du salaire annuel moyen, retenu sur les 25 meilleures années dans le privé, dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale. La retraite complémentaire Agirc-Arrco fonctionne, elle, par points. Plus votre carrière est longue et mieux rémunérée, plus le niveau de pension sera élevé.
En cas de carrière internationale, prise en compte :
- des périodes cotisées en France ;
- des périodes cotisées à l’étranger si des accords de sécurité sociale existent ;
- des cotisations volontaires ;
- des éventuels droits complémentaires (enfants, années d’études, service militaire…)
Carrière entre la France et un pays d’Afrique
Retraite avec les pays d’Afrique ayant une convention bilatérale avec la France
Les pays d’Afrique ayant signé une convention bilatérale avec la France sont : l’Algérie, le Bénin, le Cameroun, le Cap vert, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Mali, le Maroc, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, le Togo et la Tunisie. Aucun autre pays d’Afrique n’a d’accord de sécurité sociale avec la France à ce jour, au niveau des retraites. Chaque convention bilatérale peut avoir des spécificités particulières.
Les systèmes de retraite de ces pays sont basés sur des conditions de durée de cotisations minimales et d’âge de départ. L’âge légal de départ est de 60 ans au Bénin, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Maroc, au Niger, au Sénégal, au Togo et en Tunisie.
En Algérie, il est de 55 ans pour les femmes et de 60 ans pour les hommes. Au Cap Vert, de 60 ans pour les femmes et de 65 ans pour les hommes, au Congo il est de 60 à 70 ans selon la catégorie socio-professionnelle et à partir de 58 ans au Mali. L’espérance de vie dans ces pays est beaucoup plus courte. Elle est, par exemple, de 62,6 ans en Côte d’Ivoire, selon les dernières données de 2025. Elle est 85.9 ans en France, à la naissance, pour les femmes et de 80.2 pour les hommes (données de l’Insee).
Maroc, une convention générale de 1967 abrogée et remplacée par celle de 2007
Le Maroc est l’un des pays africains avec le plus grand nombre d’expatriés français. Il existe une convention de sécurité sociale entre la France et le Maroc, ce qui permet de totaliser les périodes lors de l’ouverture des droits à retraite.
Le système marocain repose principalement sur la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale) pour les salariés du privé. Les droits y sont contributifs : ils dépendent du nombre de jours cotisés, du salaire déclaré et de la durée validée. Pour certains salariés, le régime complémentaire CIMR (Caisse Interprofessionnelle Marocaine de Retraite) peut aussi jouer un rôle important dans le niveau final de pension. Pour plus d’information, vous pouvez consulter la page du Cleiss consacrée aux accords de sécurité sociale entre la France et le Maroc.
En 2023, un projet de réforme vise à rapprocher ou fusionner la CNSS avec la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS), dans le cadre de la généralisation de la protection sociale. Ce projet s’inscrit dans une réforme plus large en vue d’unifier les régimes d’assurance maladie obligatoire et améliorer la gouvernance du système de protection sociale.
En janvier 2026, le Parlement marocain a adopté le projet de loi n°54.23 prévoyant le transfert de la gestion de l’assurance maladie obligatoire (AMO) du secteur public de la CNOPS vers la CNSS, marquant une étape majeure dans la convergence des régimes. Cette réforme n’a toutefois pas constitué une fusion institutionnelle immédiate, une phase transitoire est prévue afin d’assurer la continuité des services et le maintien des droits des assurés.
Repères clés et spécificité de la convention franco-marocaine
- Âge de départ au Maroc : 60 ans, pour les salariés.
- Cotisations : calculées sur le salaire déclaré, avec validation des périodes selon les règles de la caisse.
Pension française : versée selon les règles françaises, même si vous résidez au Maroc, sous réserve des formalités habituelles.
La convention bilatérale ente la France et le Maroc valide le principe de totalisation des périodes d’assurance. C’est l’une des rares conventions qui accepte la possibilité de tenir compte, des périodes d’assurance accomplies dans un État tiers lié à chacun des deux États par un accord de sécurité sociale. Au 1er février 2026, les États concernés sont : Algérie, Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Québec, Suède et Tunisie.
Côte d’Ivoire : un régime contributif avec coordination bilatérale
La Côte d’Ivoire fonctionne sur une logique contributive liée à l’emploi déclaré. Les droits dépendent des cotisations effectivement versées et de la durée validée par la caisse locale. En Côte d’Ivoire, l’assurance retraite est gérée principalement par deux organismes : la CNPS (Caisse Nationale de Prévoyance Sociale) pour les salariés du secteur privé et l’IPS CGRAE pour les agents de l’État.
Il existe bien une convention bilatérale de sécurité sociale entre la France et la Côte d’Ivoire, entrée en vigueur le 1er janvier 1987. Elle permet de coordonner les régimes obligatoires et de prendre en compte, les périodes accomplies dans l’autre État pour l’ouverture des droits à pension.
Spécificité des accords de sécurité sociale entre la France et la Côte d’Ivoire
Droit d’option : Le droit d’option permet au travailleur, ressortissant de l’un des États, qui a exercé une activité salariée sur le territoire de l’autre État, de demander lorsqu’il retourne dans son pays d’origine, le reversement auprès du régime de sécurité sociale du pays d’origine, des cotisations d’assurance vieillesse versées dans l’État d’accueil.
L’intéressé bénéficie alors d’une seule pension de vieillesse rémunérant la totalité de son activité dans les deux États et liquidée par l’institution de son pays d’origine.
Si l’intéressé n’utilise pas son droit d’option, chaque État rémunère les périodes d’assurance accomplies sous sa législation. Pour la liquidation de la pension, il peut être fait appel, en cas de besoin, aux périodes d’assurance accomplies sous la législation de l’autre État. Donc la France peut prendre en compte les durée d’activité en Côte d’Ivoire en faisant appel à la coordination franco-ivoirienne.
Les règles applicables pour la liquidation des pensions personnelles sont applicables aux pensions de survivant.
Vous retrouverez toutes ces informations les accords de sécurité sociale entre la France et la Côte d’Ivoire.
Sénégal : convention bilatérale et pension par régime
Le Sénégal suit lui aussi une logique contributive pour les salariés du secteur formel. Les droits à pension dépendent des cotisations réellement acquittées, de la durée validée et du régime exact d’affiliation.
La France et le Sénégal ont signé une convention bilatérale de sécurité sociale le 29 mars 1974, entrée en vigueur en 1976. Cette convention prévoit que chaque État rémunère les périodes d’assurance accomplies sous sa propre législation, tout en permettant la totalisation des périodes si nécessaire pour éviter une carrière incomplète.
Concrètement, un Français ayant travaillé au Sénégal peut percevoir une pension de l’IPRES (Institution de Prévoyance et de Retraite du Sénégal) pour les périodes validées localement, et une pension française pour les périodes cotisées en France. La convention ne fusionne pas les droits, mais elle permet d’articuler les deux carrières. Pour plus d’information, consulter la page consacrée au régime sénégalais de sécurité sociale du Cleiss.
À quel âge demander sa retraite Afrique vs France ?
L’âge de départ dépend à la fois de la France et du pays africain concerné. En France, l’âge légal sera de 64 ans pour les générations nées à partir de 1969, avec un taux plein automatique à 67 ans. Mais dans les pays africains, les âges d’ouverture des droits peuvent être différents selon le régime, le métier exercé, la durée de cotisation et le genre.
En pratique, vous pouvez liquider votre retraite française à une date différente de votre retraite locale. Il est fréquent qu’un dossier international se construise en plusieurs étapes, avec une pension locale dans un premier temps et une pension française dans un deuxième temps, ou inversement.
Il faut également prendre en compte les décotes éventuelles, les délais de traitement, et parfois les conditions de résidence ou formalités de justification d’existence. Mieux vaut donc anticiper, 12 à 18 mois avant la date de départ en retraite envisagée.
Les bons réflexes à adopter en cas de carrière internationale
Avant de partir en expatriation et avant de vous lancer dans les demandes de liquidation de vos droits, pensez à :
- conserver tous les justificatifs de votre activité et de votre parcours (maladie, maternité, chômage…) ;
- ouvrir votre espace personnel en ligne de l’Assurance Retraite afin de vérifier vos droits acquis en France ;
- vérifier que vos cotisations locales sont bien prises en compte par l’organisme local ;
- identifier la convention applicable et ses spécificités (non cumul des conventions bilatérales sauf exceptions États tiers pour certaines) ;
- anticiper les formalités pour justifier de votre lieu de résidence et de votre existence ;
- comparer les dates de départ possibles selon les pays parcourus ;
- envisager la cotisation volontaire auprès du système de retraite français pour vous et pour votre conjoint.
Plus la carrière est internationale, plus cette préparation doit être faite tôt. Une erreur dans la constitution du dossier peut engendrer des retards, la perte de votre date d’effet et ainsi coûter des mois de pension, Si certains droits ne sont pas validés et que vous n’avez plus les justificatifs, ils seront perdus.
Conclusion sur vos retraites entre la France et l’Afrique
Le Maroc, la Côte d’Ivoire et le Sénégal n’obéissent pas aux mêmes règles. Mais une même logique domine : votre retraite internationale se construit pays par pays, régime par régime. Là où les conventions bilatérales existent, elles permettent surtout de coordonner les régimes obligatoires et de faciliter l’ouverture des droits.
Anticiper reste la meilleure protection. Plus votre carrière a été mobile, plus il faut raisonner tôt en termes de totalisation ou non des périodes. Attention aussi à l’exportabilité (toucher ses pensions dans un pays de résidence autre que le pays de cotisation) des pensions et aux preuves des cotisations.
Il est toujours possible de cotiser volontairement dans les régimes de retraite français. En effet les montants à percevoir y sont plus généreux.
Attention les conventions bilatérales ne peuvent pas s’additionner, il est donc impossible de totaliser deux conventions, sauf exception. La situation la plus favorable sera déterminée par les organismes compétents.
Un accompagnement spécialisé peut vous aider à optimiser vos choix et à sécuriser vos droits dans un contexte international.
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