J’ai travaillé en France et au Japon, quelle sera ma retraite ?

Alors que de plus en plus de Français envisagent d’effectuer tout ou partie de leur carrière au Japon, se pose la question de leur retraite alors qu’ils n’ont, pour certains que peu ou pas cotisé en France.

France, Japon, deux pays, deux systèmes de retraite

Système de retraite en France

Pour rappel, hormis les fonctionnaires et les régimes spéciaux, les salariés bénéficient d’un régime de base de la sécurité sociale (CNAV – Assurance Retraite, MSA, SSI, CNBF…) et de régimes de retraite complémentaire à points (Agirc-Arrco, IRCANTEC, RCI, MSA…).

Deux notions sont importantes dans le système de retraite français : l’âge d’ouverture des droits et la durée de carrière. Ces paramètres diffèrent selon l’année de naissance.

Quelle est la situation depuis la suspension de la réforme des retraites de 2023 ?

Pour obtenir une retraite à taux plein, il faudra 172 trimestres (43 ans) de cotisations pour les personnes nées à partir de 1966. Cette durée de cotisation requise s’allonge en effet progressivement passant ainsi de 167 trimestres pour les générations nées entre 1958 et 1960 à 172.

L’âge légal de départ à la retraite quant à lui passe progressivement de 62 à 64 ans (pour les personnes nées à partir de 1969). Mais le taux plein automatique reste à 67 ans.

Certains assurés pourront, comme auparavant, partir avant l’âge légal, dès 60 ans voire 58 ans, grâce au dispositif de départ anticipé pour carrière longue. Le dispositif a été assoupli par la réforme de 2023 et légèrement revu au moment de sa suspension par le PLFSS 2026.

Système de retraite au Japon

Le Japon quant à lui a deux régimes de retraite principaux.

D’une part, la pension nationale (kokumin nenkin), financée par une cotisation forfaitaire obligatoire versée de 20 à 59 ans par tout résident au Japon, répartie en trois catégories de cotisants. Cette retraite-là se prend dès 60 ans. Mais avec une décote si elle est prise avant 65 ans et une surcote entre 65 ans et 75 ans. 

D’autre part, le régime des salariés (kosei nenkin), qui ouvre droit au versement d’une autre retraite à condition d’avoir cotisé au moins 10 ans. L’âge de départ dans ce régime est progressivement repoussé à 65 ans. Une partie des cotisations du régime salarié abonde à la pension nationale.

Deux pays, deux niveaux de retraite

Les niveaux de pension diffèrent beaucoup d’un système à l’autre.

Un salarié au Japon touchera d’abord la pension nationale qui représente en moyenne, après quarante ans de cotisations, 69.308 yens par mois, soit 831.000 yens par an en 2026. S’y ajoute sa pension de salarié, qui dépend du salaire perçu. Pour un cadre avec une carrière sans interruption ayant cotisé au plafond de 650.000 yens/mois la plus grande partie du temps, la pension sera vraisemblablement inférieure à 3 millions de yens par an, soit moins de 16 000 €.

Au Japon, il n’y a pas de retraite complémentaire obligatoire pour les salariés du privé type Agirc-Arrco.

Une retraite supplémentaire facultative peut être versée par l’entreprise (75 % des entreprises versent cette retraite supplémentaire) sous la forme d’un pécule (52 % des cas), d’une pension (7 % des cas) voire des deux (16 % des cas). Lorsqu’on travaille dans une entreprise au Japon, il faut donc se renseigner sur la retraite supplémentaire de l’entreprise. Il est à noter que les très petites entreprises n’offrent rien. C’est pourquoi on voit beaucoup de japonais âgés gardiens de chantier, de parking, chauffeurs de taxi…

Un salarié en France, qui a versé des cotisations au régime de base, sur un salaire plafonné (48 060 € par an en 2026) sur les 25 meilleures années bénéficiera d’une retraite de base de 22 068 € brut au taux plein. Cette retraite sera complétée par la retraite Agirc-Arrco pour les salariés du privé ou Ircantec pour les contractuels de l’État. Elles permettent de constituer des retraites d’un très bon niveau en particulier pour les cadres, sans commune mesure avec les retraites japonaises.

Prenons deux exemples de retraite France-Japon

Carrière France Japon d’Albert : quelle retraite ?

Albert était cadre dans une entreprise internationale dont le siège est en France. Il est parti à la retraite au taux plein après une carrière de 43 ans dont 23 ans en France et 20 ans au Japon en deux séjours, un de 5 ans et un de 15 ans. Pendant sa période au Japon, l’entreprise a cotisé à la CFE (Caisse des Français de l’Étranger) et dans les régimes complémentaires. Il aura ainsi cotisé pendant 25 ans au plafond de la sécurité sociale.

Père de 3 enfants, il bénéficie de 10 % de bonus.

Sa retraite de base versée par la Cnav est de 2 108 €/mois auquel s’ajoute les complémentaires Agirc-Arrco pour un montant de 7 828 €/mois, au total 9 936 €/mois.

Il a demandé le remboursement de ses cotisations japonaises après le premier séjour de 5 ans, pensant ne pas y retourner.

Cependant, il perçoit une pension japonaise de 112 680 yens/mois correspondant aux 15 années du deuxième séjour (environ 670 €).

Soit au total, un montant de retraite France – Japon de 10 606 € mensuels.

Carrière France Japon de Paul : quelle retraite ?

Paul a fait le début de sa carrière en France pendant 16 ans comme cadre dans plusieurs entreprises puis il a créé lui-même ses propres sociétés à Singapour puis au Japon à partir de 2005. Après avoir quitté la France, il n’a pas cotisé à la CFE.

Il a attendu l’âge de 67 ans pour bénéficier du taux plein automatique, en France. Sa retraite CARSAT se monte à 410 €/mois et ses complémentaires Agirc-Arrco à 1  750 €/mois, donc au total 2 160 €/mois.

Sa retraite japonaise est de 65 000 yens/mois (environ 385 €). Soit au total, un montant de retraite France – Japon de 2 545 € mensuels.

Conclusion, Albert et Paul ont eu des revenus comparables au cours de leur carrière. Leurs pensions de retraite seront cependant bien différentes au moment de faire valoir leurs droits !

Convention bilatérale de sécurité sociale entre la France et le Japon


Il existe une convention de sécurité sociale entre la France et le Japon qui permet de totaliser les périodes cotisées dans chaque pays à conditions qu’elles ne se chevauchent pas. Cela permet d’atteindre les 172 trimestres requis en France ou les 120 mois minimum pour ouvrir droit à une pension japonaise.

Cependant il n’y a pas de transfert des droits à retraite d’un système à l’autre. Un salarié ayant cotisé dans les deux pays, recevra donc deux retraites distinctes.

Pour améliorer leur retraite, les Français du Japon ont la possibilité

Chaque parcours de vie est unique, prenez le temps de penser à votre retraite lorsque vous envisagez une carrière internationale. En effet, vous aurez aussi une retraite internationale !

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